Rebelles Impliquées


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L’enfance derrière les barreaux

Je viens d’écouter un film québécois, 10 et demi, qui m’a fait revivre beaucoup d’émotions de mon adolescence. Un film choc, trop près de la réalité et qui n’y va pas de main morte en ce qui concerne les tabous de notre société. Il relate d’un jeune homme de 10 ans et demi, troublé et agressif qui se fait placé en centre d’accueil, vu son comportement.

 

Pour avoir été moi-même placé en centre d’accueil/prison juvénile, ce film m’a permis d’avoir un regard extérieur, ou devrais-je dire une vision d’intervenant vs l’enfant, au lieu du contraire. Je me suis rebellée, j’ai pleurer entre ces 4 murs toutes les larmes du moment, j’ai eu bien sûr quelques moments de bonheurs éphémères. On finit tous par s’habituer à l’emprisonnement. J’ai connu des intervenants qui m’ont marqué(e)s, des copines également. Mais ce qui reviens sans cesse dans ma mémoire quand je songe à cet endroit, c’est de n’avoir jamais été comprise, de n’avoir jamais ressenti qu’on voulais m’aider de la façon dont j’avais besoin qu’on le fasse., au delà des lois et des procédures habituelles. Je n’oublierai jamais l’injustice que j’ai ressentie. Je suis d’accord que malgré moi, j’avais besoin de discipline, d’un encadrement. Mais est-ce réellement la façon d’aider que d’enfermé un ado qui déjà se rebelle contre l’autorité et qui a de la difficulté à faire confiance aux adultes? Rendue dans le centre, on oublie le cas par cas, c’est les même règles pour tout le monde, peu importe ton vécu et les raisons pour lesquelles tu es là, tu a droit au même traitement. Si le seul moyen que tu as de t’exprimer, c’est de crier, de pleurer trop fort et bien c’est ta chambre ou la salle d’isolement. Savez vous combien c’est insultant d’aller dans cette salle de force, ca reviens à la même chose que de te traiter de  »fou » sans utiliser de mots. Dans le fond tu es juste un incompris, et ÇA, ça génère encore plus de frustrations. L’approche générale des centres d’accueil est définitivement à améliorer tant qu’à moi, elle n’est bas basé sur les besoins de chacun, ni sur leur autonomie. Je comprends également qu’il y a des cas extrêmes, ceux qui sont dangereux pour la société et qu’on appelle dans le jargon du centre, les  »JC » Jeunes Contrevenant, moi j’étais une  »PJ » pour Protection de la Jeunesse, ce qui veut dire que c’était la société qui était dangereuse pour moi.Il devrait y avoir une approche différente, un plan d’intervention différents pour chaque jeune en fonction avec leur vécu.

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Pour avoir été intervenante dans un foyer de groupe, un centre OUVERT, indépendant des centres d’accueils, et en collaboration avec la protection de la jeunesse, je peux très bien comprendre la dynamique. J’ai accepté ce travail car il correspondait à mes valeurs. Les jeunes filles que nous aidions, étaient rebelles et délinquantes, certaines me ressemblait beaucoup, mais on valorisait leur autonomie, leur prises de décisions. Elles allaient à l’école au public, avait droit à des sorties, quand leur comportement le permettait, nous étions centré sur le besoin de chacune. Le centre à du fermer ses portes, par manque de subventions, la moitié des filles ont été transférées dans un centre d’accueil FERMÉ, les rechutes en matières de drogues, de crises et j’en passe ont redoublés, elles avaient fait tout un cheminement avec nous, tout cela s’est effacé lorsqu’elles ont mis le pied entres les murs de la bâtisse sécurisée. Enlever la liberté à un adolescent, TOUTE sa liberté, c’est comme mettre un adulte non-coupable en prison, ça ne se fait pas. Je continue de penser que si on m’aurait offert ce type de service, je n’aurais peut-être pas fui aussi loin… et aussi jeune.

Mon conjoint a vécu de 12 à 18 ans en centre d’accueil, quand il a sorti, il n’avait jamais travaillé, n’avais connu rien d’autre que l’institution, il a donc retourné dans un terrain connu, celui de la rue, et a fait son  »trip d’adolescence » de 18 à 25 ans. Personne ne peut lui en vouloir, il avait enfin le droit de prendre une décision pour lui-même, chose interdite depuis trop longtemps. Il est bien sûr plus difficile alors de remonter la pente, maintenant que tu es seul et adulte, sans personne pour te dire quoi faire… laissé à toi même après avoir vécu des années à te faire dire comment agir et quel chemin prendre! Tout cela me révolte.

Je vous suggère grandement ce film, 10 et demi, qui viens à peine de sortir sur les tablettes. Et je voudrais également offrir une pensée à Rébecca Lévesques, 15 ans, décédée le 13 février dernier , à l’intérieur d’un centre d’accueil. Ses plaintes concernants divers maux de ventre, de têtes n’ont pas été pris au sérieux, elle en a succombé. Repose en paix ma belle.

Je vous suggère également le documentaire québécois de Paul Arcand, Les voleurs d’enfance, qui pointe du doigt les centres d’accueil et démontre les vraies images, qui hurle contre l’abus de pouvoir et les mauvais traitement qu’offrent certains de ces centres. Bon visionnement!

 

Rebelle

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  1. Bettina écrit:

    Ben vu ce que je viens de lire, tu as d’autant plus droit à trouver ton petit coin de terre pour construire ton nid et te sentir vivre et respirer libre…
    Je te le souhaite en tout cas… la galère, il faut pas qu’elle dure trop longtemps… et la roue tourne, la chance aussi parfois. Tu as eu ton lot de douleurs… il faut marcher vers le bonheur à présent.
    Il peut être très simple, le bonheur, mais encore faut-il avoir de quoi vivre, voilà pourquoi je me bats en ce monde, pour que chacun ait son coin de bonheur sur terre, les moyens de se le procurer…

    Dernière publication sur FICTIONS et FRICTIONS : Bruxelles ciblée, Bruxelle brisée, Bruxelles martyrisée...

    Citer | Posté 26 février, 2011, 22:20
  2. paranochoco écrit:

    Très touchant. Je ne sais pas quoi dire de plus… Je te souhaite infiniment de bonheur.

    Citer | Posté 4 mars, 2011, 2:33

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